Un acte désintéressé

De l'Abbaye de Comté du Nord au Camp des bûcherons, de la Lisière à la Tour d'Azora, la Forêt d'Elwynn est propice aux balades et aux rencontres.
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Falstaf
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Un acte désintéressé

Message par Falstaf »

Le soleil faisait la moue, aujourd'hui, et rechignait à se lever fièrement au-dessus de la Forêt d'Elwynn comme il le faisait d'ordinaire. Maussade et grisâtre, voilà deux épithètes qui convenaient parfaitement à ce début de journée. Cet état de fait devait forcément participer de l'absence manifeste de la population de Comté-de-l'Or dans les rues du bourg : l'endroit, d'ordinaire animé par les marchands, les foires, ou les godelureaux occupés à se mesurer pour les yeux d'une demoiselle, était ce matin bien vide, et seuls deux cochons s'affrontaient en une joute sanglante pour la possession d'un navet à demi-dévoré, dont on devinait à leurs regards la fondamentale importance.

Falstaf chevauchait donc ainsi, non sans malice, au milieu des masures où les gueux roupillaient sans doute encore, usés après leur semaine de labeur. Basalte, sa noire monture, dont la carrure de Percheron renforçait l'ombrageuse malice qui couvait dans son regard, menaçait les chiens trop entreprenants de les gnapper de son imposante mâchoire jaunâtre. Fourmillant sur son dos, s'accrochant à ses crins pour son plus grand déplaisir, une ribambelle de geists roucoulant se chamaillaient, provoquant l'ire du cheval. A l'arrivée au pont qui enjambait le Ruisseau de l'Ouest l'un d'eux, plus entreprenant ou moins bien avisé que les autres, se hissa sur la tête de la monture et entreprit de lui fermer les paupières, ce qui excita au plus haut point ses congénères, piaillant de plus belle. Basalte rumina un court instant cette indélicatesse, puis secoua la tête furieusement pour déloger l'importun. Le geist s'accrocha de toute la force de ses petites mains, mais sa prise n'était pas assurée et il se retrouva bientôt sur la route poussiéreuse. Le temps de repertorier ses membres endoloris ne lui fut pas laissé : la patte vengeresse de Basalte s'abattit sur son crâne, qui éclata comme un fruit trop mûr.

Falstaf, quant à lui, fumait avec bonheur à une petite pipe d'ivoire ouvragée, indifférent aux jeux enfantins de ses compagnons. C'est à peine s'il remarqua le calme soudain des geists, qui se regroupèrent en tremblant à l'arrière du cheval, pas plus qu'il ne s'aperçut du frisson de plaisir qui courut sur l'échine de sa monture. Il ne sortit de ses rêveries qu'à l'approche de la Garnison elle-même, quand les murs gris de sa cible lui apparurent soudain aux yeux.

Adjoint Rainer
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Message par Adjoint Rainer »

Rainer crut avoir la berlue en voyant arriver le sinistre équipage. Jamais il n'aurait cru que l'étranger au regard malsain eut l'audace de reparaître de nouveau. L'Adjoint ne comptait pas laisser passer une si belle chance.

Tirant un sifflet de sa besace, il émit trois sons brefs qui alertèrent immédiatement la dizaine de sentinelles qui faisaient leur ronde autour de la Garnison. En moins de temps qu'il n'en fallait à un gobelin pour vous soutirer le fruit d'une dure journée de labeur, le cavalier se retrouva entouré de hallebardiers menaçants, sous le regard satisfait de Rainer.

Hé bien Messire, vos crimes sont-ils donc si lourds que vous veniez chercher vous-même votre jugement en nos murs ?

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Falstaf
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Message par Falstaf »

Falstaf jaugea l'importun avec toute la gravité du léopard qu'asticotait la mouche virevoltante. Avant même qu'il ne se décide à entrer dans le Culte des Damnés, quelques années avant la guerre, les gueux qui s'adressaient sur un ton autre que déférent finissaient d'ordinaire au centre du village, avec suffisamment de pieux pour bâtir une coquette petite palissade. Mentionner ce qu'il advenait de ceux qui l'apostrophaient ainsi depuis son intronisation au sein du Culte ne pouvait dès lors que défier les lois de la physique.
Pourtant, en gentilhomme qu'il était, Falstaf jugea bon de ne pas étriper sur l'heure le coquin, estimant qu'il ne pouvait priver le propriétaire de ce dernier du plaisir de le punir lui-même.

Conduis-moi donc à tes maîtres, cloporte, fit-il non sans une certaine retenue dans l'élégance du verbe que Basalte ponctua d'un claquement de dents. Annonce leur que, dans sa renversante générosité, le baron Falstaf de Winhler leur apporte de bien intéressantes nouvelles.

Adjoint Rainer
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Message par Adjoint Rainer »

Rainer n'était pas homme à courber l'échine. Mais, bizarrement, il se sentit soudain empli d'un grand froid intérieur. Il ne savait pas vraiment d'où venait l'étranger, mais une chose était certaine : il avait l'habitude de commander. C'était même comme une seconde peau pour lui.

Avec répulsion, Rainer s'écarta, commandant à ses hommes de maintenir en respect l'intrus, puis se précipita à l'intérieur à la recherche de quelqu'un qui saurait le remettre d'aplomb.

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Lomah de Sangre
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Message par Lomah de Sangre »

Lomah état particulièrement agacée.

Hadjirah n'était pas là et les trois pauvres commis empotés qui lui servaient de remplaçants -et il n'était pas trop de trois- étaient parfaitement incapable de respecter ses ordres pourtant d'une clarté exemplaire : Trier les candidature, constituer des dossiers sur les membres acceptés, répondre aux invitations et courrier mondains, et faire un thé qui ne ressemble pas à le la pisse de talbuc moisie ....


- Non.. Non ... NON !! Incapables ! Cette lettre est bourrée de faute ! Et c'est quoi cette auréole sur ma soucoupe ?... Et pourquoi ma robe du soir n'est pas encore passée chez le teinturier ??

Du calme.

De la maitrise.

Du sang froid.

Mais pourquoi ne trouvait-on jamais de petit personnel qualifié ? A croire que la moitié des secrétaire d'Azeroth avait été fini au jus de chaussette dans le con poussiéreux de leurs mères et que l'autre était passés entre les mains de Sylvanas pour se faire grignoter la cervelle !
Elle était sur le point de faire une esclandre quand Rainer fit son apparition.

Il était blême.

Elle remballa sa remarque acide et fronça les sourcils.

- Que ce passe-t-il mon brave Rainer ?


*********************************************************

- Quel plaisir indicible de vous revoir, très cher....


Les portes venait d'être ouverte et elle venait de faire son entrée, royale, escortée d'une quinzaine de soldats inquiets mais dévoué à leur chambellan.

- Malheureusement vous venez de manquer Aurys. Son bateau est déjà parti.

Elle papillonna des paupière avec une élégance qui n'était plus à prouver.

- A moins que vous ne vous soyez perdu un peu trop dans le sud. Quel distrait vous faites ! Pourtant la végétation est d'un vert vivant et exquis ici contrairement aux pierrasses de vos terres... badina-t-elle éhontément.

"The show must go on, I'll face it with a grin, I'm never giving in
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Falstaf
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Message par Falstaf »

Falstaf sauta gaillardement de cheval, ce qui eut pour effet de faire tomber la moitié de ses petits compagnons, l'autre moitié réussissant in extremis à se raccrocher aux crins d'un Basalte de plus en plus agacé.

Dame de Sangre, c'est un plaisir d'avoir de nouveau affaire à vous. On n'a trop l'habitude, en ces temps inconscients, de laisser gérer les choses importantes par une piétaille importune. Parfois, j'ai l'impression que les gens de notre sang seront bientôt obligés de tout faire eux-même s'ils entendent que cela soit fait correctement.

Le gentilhomme fit une révérence si parfaite qu'elle n'aurait pas dépareillé à la cour de Lordaeron, où il l'avait apprise étant enfant.

Pardonnez ma venue en cette manière si cavalière, mais je suis porteur de nouvelles qui ne souffraient aucun retard. Nouvelles qui auraient pu fort bien se limiter aux portes de Caer Darrow, matière à long débat entre le seigneur Murmegivre et moi-même, mais il m'a semblé qu'il serait intéressant d'en faire profiter nos si lointains et en même temps si proches cousins de la grande famille des fils de Lordaeron.

A son cou pendait, inamovible, le médaillon qu'il avait hérité de son père. Les Winhler avaient été une famille d'importance dans la région de Stratholme, et des liens très forts avaient été tissés avec d'autres lignées. Bien qu'il n'aient jamais prisé l'ambiance de cour de la capitale, la réputation de leurs vignobles avait plus d'une fois conduit le souverain à les honorer de sa présence sur leurs terres. Et aujourd'hui, leur dernier héritier se tenait là, vêtu de ses plus beaux atours comme s'il parcourait encore les arcades fleuries du palais royal.

Où pourrions-nous discuter de choses délicates, délicieuse dame ?

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Lomah de Sangre
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Message par Lomah de Sangre »

Elle lui adressa un sourire crispé qui parodiait parfaitement la courtoisie affectée.

- Dire que c'est un plaisir de vous voir serait un mensonge, messire de Winhler. Mais ma qualité d'hôte me défend de vous chasser à coup de carreaux d'arbalètes bien sentis. Politesse quand tu nous tiens !
fit-elle avec un gloussement apprêté qui si on ne dressait pas l'oreille pouvait paraitre tout à fait sincère. Ceci étant, vous qui êtes un fin œnologue je vous prierais de ne pas confondre le grand cru de mon sang à la piquette qui est vôtre.


-Pardonnez ma venue en cette manière si cavalière, mais je suis porteur de nouvelles qui ne souffraient aucun retard. Nouvelles qui auraient pu fort bien se limiter aux portes de Caer Darrow, matière à long débat entre le seigneur Murmegivre et moi-même, mais il m'a semblé qu'il serait intéressant d'en faire profiter nos si lointains et en même temps si proches cousins de la grande famille des fils de Lordaeron.
Où pourrions-nous discuter de choses délicates, délicieuse dame ?


- Quelle exquise diligence de votre part. C'en est presque touchant. Ceci étant, je vous ouvrirais les portes de mon bureau avec joie une fois que vous vous serez débarrassé de vos familiers. Comprenez que ma demeure souffre peu, quant à elle, de voir une nuée de sauterelles crasses dénaturer le mobilier de prix.

Et comme pour accompagner le geste à la parole, les quinze soldats prétoriens encadrèrent Falstaf en deux colonnes quasi parfaite.
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Falstaf
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Message par Falstaf »

Cela me semble bien naturel, car je doute que Basalte apprécie l’étroitesse de vos couloirs, fit le serviteur du Culte en avisant les armoires à glace envoyées pour lui.

Falstaf siffla doucement, imitant presque le bruit léger du vent dans les feuillages, et les geists se réunirent en silence, comme autant d’abominables petits singes, serrés les uns contre les autres sur le large dos du percheron, leurs yeux uniques fixés sur Lomah d’une façon pour le moins dérangeante. Le gentilhomme chuchota à l’oreille de Basalte, qui lui jeta un regard torve, et avançait vers la Chambellan quand son mouvement s’arrêta net.

KrrrKrrrKrrrrrr !

Un geist un peu plus petit que les autres s’accrochait désespérément à la manche de son maître. La créature semblait physiquement encore plus fragile que ses congénères, bien que le cuir qui avait été utilisé pour recouvrir son petit crâne et les étoffes qui avaient servi à le vêtir apparaissaient nettement à l’œil averti de la Chambellan comme de meilleure qualité que chez les autres créatures. Falstaf repoussa doucement le geist, dont la petite poigne ne voulait pas lâcher sa chemise, puis il le prit d’autorité et le plaça lui-même sur le cheval à côté de ses camarades, dont les piaillements reprirent, sans doute pour railler la petite créature. Cette dernière émit un gémissement à fendre l’âme et, avec une fulgurance qu’on n’aurait cru possible de la part d’un être aussi malingre, elle se jeta dans les bras d’un Falstaf abasourdi et glissa sa tête dans la chemise de ce dernier, serrant de toute la force de ses petits doigts le plus d’étoffe qu’elle pouvait attraper. Avec un soupir gêné, le gentilhomme leva les yeux sur Lomah, qui avait observé toute la scène.

Vous me voyez présentement l’objet de tant d’amour que je serais confus de faire preuve, devant vous, de sécheresse de cœur, en laissant ce petit être à la porte. Verriez-vous un inconvénient à lui accorder votre hospitalité, au même titre qu’à votre serviteur ? Je doute que la puissance de l’Ost puisse être abattue ce jour par de si petites mains.

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Lomah de Sangre
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Message par Lomah de Sangre »

Lomah haussa un sourcil particulièrement circonspect. Avait-elle là droit à une touchante mise en scène pour faire fondre son cœur tendre de femme et de jeune mère ? Elle posa son regard perçant et dénué d'affection sur la pathétique bestiole pendue au cou de son visiteur impromptu.

- Comme c'est... charmant. Je suis surprise de vous voir l'objet de tant d'amour pétri de dévotion. Sachez néanmoins que si vous vous découvrez des inclinations tardives pour vos semblables ça n'est clairement pas mon cas...

Et comme pour joindre le geste à la parole elle empoigna le geist avec la précision brutale d'un rapace. Elle l'arracha à son refuge pour l'envoyer valdinguer auprès de ses confrères. Puis elle s'essuya la main sur le tabard d'un des soldats proche d'elle avec un dégout semblable à celui qu'elle aurait eu en frôlant quelconque cancrelats. Finalement se tournant vers Falstaf avec un sourire mondain parfaitement rôdé elle lui désigna les portes ouvertes.

- Si vous voulez bien me suivre...

Elle le conduisit sous bonne escorte jusqu'à son bureau. Là, elle posta deux gardes à l'entrée et lui présenta un siège.


- Je ne vous propose pas à boire, j'imagine que nos rustres liqueurs écorcheront votre palais habitués à la finesse des grands vignobles...


Elle prit place dans le fauteuil en face de lui.


- Je vous écoute Falstaf de Winhler... N'abusez pas de mon temps.
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