[La Chonya : Acte II] Les tablettes de Zul Gurub
Posté : dim. 27 juin, 2010 11:06 pm
(suite à Une course )
Hadjirah plissa les yeux alors que l'aube venait lui agresser l'oeil en envoyant un fourbe rayon de soleil entre deux rideaux mal tirés. Elle se redressa en grimaçant, elle était restée penchée sur son bureau une longue partie de la nuit, et son dos lui faisait savoir qu'il n'approuvait pas l'idée.
Elle s'étira un long moment, et souffla sa chandelle devenue inutile. La veille avait été chargée en agitation, et en certains émotions. Ils étaient rentrés tard au bastion, en petit contingent victorieux mais harassé.
Il s'était agit de se débarrasser de la boue accumulée et des traces des combats menés dans l'ancienne cité trolle... Puis de signifier à sa façon toute 'hadjirienne" à sa baronne qu'elle goûtait peu cette façon de revenir à l'improviste à l'occasion d'un assaut de ruines.
C'était sans compter les indiscutables arguments de ladite baronne pour amadouer sa boudeuse compagne... Et lui faire perdre par la même occasion la moitié de la nuit qu'Hadjirah avait compté dédier à son compte rendu personnel.
La draeneï n'admettrait jamais la satisfaction qu'elle en avait éprouvé.
Mais pour l'instant, elle relisait ce qu'elle avait couché sur papier pour ne rien oublier de l'expédition... Et qu'elle comptait envoyer au plus vite à l'enthousiaste troll qui se prenait pour son ami, et grâce à qui elle avait appris les rudiments de la langue de cette race. Dol'jen était une mine d'informations, mais aimait qu'on lui rende la pareille. Surtout lorsqu'il s'agissait de fouiller le passé, et plus encore celui de sa race.
Elle avait été la plus précise possible dans son récit.
A commencer par leur arrivée dissipée, avec autant de retardataires que possible, et leur tentative ratée d'entrer en contact avec les trolls locaux, dont l'agressivité et la hargne s'étaient transformées en mort violente.
Förlan avait laissé entendre Aurys qu'il avait besoin d'un cœur d'une sorte de serpent à plumes. Et une fois les discussions stériles autour de la reproduction entre les serpents et les oiseaux terminés, ils avaient pénétré dans la zone des temples en ruine.
Humidité tropicale et bestioles à foison. Voilà le premier comité d'accueil qui s'était présenté à eux. Rapidement suivi de gardiens des lieux prouvant que ruines ne signifiaient pas abandon.
De troll en troll, et de serpent un peu trop massif en serpent terrorisant Odeline, ils avaient entamé une progression hasardeuse, et avaient rapidement localisé une cible potentiel : un serpent à plume... A la taille un peu trop démesurée en comparaison à n'importe quel reptile... Trônant sans complexe au milieu d'un temple à moitié immergé.
Il fut décidé d'un commun et courageux accord de ne lui rendre visite qu'une fois les fouilles achevées.
La petite troupe croisa tour à tour quelques trolls spécifiques, aux capacités animales, et surtout dangereuses. Chacun semblait garder des vestiges plus ou moins intéressants, et surtout était entouré de tout ce qu'il fallait de créatures poisseuses, poilues, membraneuses, ou tout simplement agressives. Mais là encore, le contingent de l'Ost s'assura que chacune des espèces croisées - que ce soient des serpents, des chauves souris, des panthères, des tigres, des raptors ou des araignées - se retrouve en voie d'extinction.
Alors que Lomah se chargeait de recopier chacune des tablettes croisées au fil des fouilles, Hadjirah en déchiffrait quelques bribes, pour tenter d'aider à la progression, ou tout simplement de comprendre autre chose aux lieux que les piaillements des animaux tués.
Deux choses furent mises en avant.
Premièrement, le nom d'un certain "Hakkar", que les prêtres aux capacités animales ne semblaient pas porter dans leur cœur, et maudire avec autant d'entrain que le trésorier de l'Ost pouvait trousser de la page en fleur.
Une sombre histoire d'invocation, de possession, et d'absorptions de pouvoirs... La routine en quelque sorte. Des trolls possédés retournés contre leur propre peuple et contraints à aider un serpent emplumé.
Sans doute aurait il fallu s'appesantir sur leur sort, mais quelque chose de bien plus primordial piqua la curiosité des archéologues sanguinaires. Des allusions à l'existence de trolls qui, une fois morts, n'avaient pas accès aux techniques d'embaumement. Les "dessêchés", qu'il fallait tout simplement brûler.
Y voyant un potentiel lien avec une maladie, les recherches plus poussées firent ressortir un nom : "Jin'do le maléficieur". Il s'agissait apparemment de celui qui menait des recherches sur les dessêchés. Et qui refusait de prodiguer des soins aux animaux, par ailleurs.
Un troll bien, sans doute.
Encore que le doute fut levé lorsque la troupe découvrit ledit maléficieur, dans son très charmant lieu de vie. Un reste de temple peuplé de momies trolles animées - toutes femelles, Hadjirah aurait parié une corne qu'il y avait quelque chose de pervers à dessous -, et de squelettes dansants dans des flaques de sang.
De rapides recherches mirent à jour de plaques commémoratives en l'honneur des "trolls sacrifiés pour la recherche", et donc devenus cadavres ambulants. Charmant programme.
Toujours était il que ce Jin'do avait effectivement effectué des recherches sur une maladie. Et qu'il ne semblait pas ouvert à la discussion pour les partager.
La persuasion fut donc de mise, et quelques coups allègrement portés plus tard, il n'y eut plus qu'à enjamber le cadavre du maléficieur pour atteindre le cœur de son antre, et s'emparer des recherches qu'il y avait laissées. Peut être de quoi satisfaire Förlan, un fois traduction faite.
Mais la promenade de santé ne pouvait prendre fin sans une visite au fameux serpent à plume. Il restait à lui demander poliment de laisser son cœur en gage à l'Ost.
Il est malheureusement difficile de raisonner un serpent, et il ne sembla pas comprendre l'importance de la situation. La négociation dut donc reprendre. Ce ne fut qu'après nombre de coups donnés - parfois pas aux bonnes personnes - que la créature tomba.
Aurys sembla prendre un grand plaisir à aller lui arracher le palpitant, et à le brandir sous une pluie battante. Pluie qui d'ailleurs tomba sur la troupe à un moment tellement gnomographique qu'il y avait de quoi être surpris. Elle eut au moins l'avantage de les débarrasser d'un peu de crasse.
Les recherches de Jin'do duement recopiées, et le coeur bien à l'abris dans la besace, le cortège put reprendre le chemin du bastion, plus pouilleux qu'à son départ, mais avec la satisfaction du devoir accompli. Restait à traduire les transcriptions des tablettes... Et à espérer que Förlan serve à autre chose qu'à piaffer de bonheur.
Après avoir relu une dernière fois son compte rendu - avec des mots plus personnels et subjectifs - et y avoir ajouté quelques annotations fort peu sympathiques, elle roula les deux parchemins. Oui, les deux, car elle avait poussé le vice jusqu'à s'en faire elle même un exemplaire, plutôt que de le faire recopier par un scribe inefficace.
Il s'agissait maintenant d'un faire parvenir un à Dol'jen. Elle se releva donc, en grimaçant vaguement. Un bleu à la cuisse lui rappela le moment où la connétable avait semblé possédée par le fameux Hakkar, et s'était retournée contre ses propres soldats. Mais Hadjirah était persuadée d'avoir capté une lueur de plaisir qui n'avait rien à voir avec la possession, quand Aurys lui avait asséné un coup.
Quoiqu'il en soit, une fois drapée dans une robe de chambre ô combien plus confortable que son armure de la veille, elle quitta ses quartiers - ou plutôt ceux de la baronne - pour partir à la recherche de quelque coursier à martyriser en l'envoyant en plein désert de Tanaris.
C'est alors qu'elle songea à Doréane et Térébantine. Quelqu'un les avait elles seulement prévenues de leur retour et du déroulement de l'expédition, alors qu'ils s'étaient tous quittés ? Aurys s'était sans doute occupé de Förlan, et Térébantine était sans doute en permanence sur le dos du médecin. Mais rien n'était sûr.
Dans un élan de dévouement, Hadjirah décida donc de faire un détour par l'infirmerie, ne serait ce que pour savoir si les malades avaient été transférées quelque part... Et si c'était le cas, si l'endroit avait été désinfecté ensuite !
Hadjirah plissa les yeux alors que l'aube venait lui agresser l'oeil en envoyant un fourbe rayon de soleil entre deux rideaux mal tirés. Elle se redressa en grimaçant, elle était restée penchée sur son bureau une longue partie de la nuit, et son dos lui faisait savoir qu'il n'approuvait pas l'idée.
Elle s'étira un long moment, et souffla sa chandelle devenue inutile. La veille avait été chargée en agitation, et en certains émotions. Ils étaient rentrés tard au bastion, en petit contingent victorieux mais harassé.
Il s'était agit de se débarrasser de la boue accumulée et des traces des combats menés dans l'ancienne cité trolle... Puis de signifier à sa façon toute 'hadjirienne" à sa baronne qu'elle goûtait peu cette façon de revenir à l'improviste à l'occasion d'un assaut de ruines.
C'était sans compter les indiscutables arguments de ladite baronne pour amadouer sa boudeuse compagne... Et lui faire perdre par la même occasion la moitié de la nuit qu'Hadjirah avait compté dédier à son compte rendu personnel.
La draeneï n'admettrait jamais la satisfaction qu'elle en avait éprouvé.
Mais pour l'instant, elle relisait ce qu'elle avait couché sur papier pour ne rien oublier de l'expédition... Et qu'elle comptait envoyer au plus vite à l'enthousiaste troll qui se prenait pour son ami, et grâce à qui elle avait appris les rudiments de la langue de cette race. Dol'jen était une mine d'informations, mais aimait qu'on lui rende la pareille. Surtout lorsqu'il s'agissait de fouiller le passé, et plus encore celui de sa race.
Elle avait été la plus précise possible dans son récit.
A commencer par leur arrivée dissipée, avec autant de retardataires que possible, et leur tentative ratée d'entrer en contact avec les trolls locaux, dont l'agressivité et la hargne s'étaient transformées en mort violente.
Förlan avait laissé entendre Aurys qu'il avait besoin d'un cœur d'une sorte de serpent à plumes. Et une fois les discussions stériles autour de la reproduction entre les serpents et les oiseaux terminés, ils avaient pénétré dans la zone des temples en ruine.
Humidité tropicale et bestioles à foison. Voilà le premier comité d'accueil qui s'était présenté à eux. Rapidement suivi de gardiens des lieux prouvant que ruines ne signifiaient pas abandon.
De troll en troll, et de serpent un peu trop massif en serpent terrorisant Odeline, ils avaient entamé une progression hasardeuse, et avaient rapidement localisé une cible potentiel : un serpent à plume... A la taille un peu trop démesurée en comparaison à n'importe quel reptile... Trônant sans complexe au milieu d'un temple à moitié immergé.
Il fut décidé d'un commun et courageux accord de ne lui rendre visite qu'une fois les fouilles achevées.
La petite troupe croisa tour à tour quelques trolls spécifiques, aux capacités animales, et surtout dangereuses. Chacun semblait garder des vestiges plus ou moins intéressants, et surtout était entouré de tout ce qu'il fallait de créatures poisseuses, poilues, membraneuses, ou tout simplement agressives. Mais là encore, le contingent de l'Ost s'assura que chacune des espèces croisées - que ce soient des serpents, des chauves souris, des panthères, des tigres, des raptors ou des araignées - se retrouve en voie d'extinction.
Alors que Lomah se chargeait de recopier chacune des tablettes croisées au fil des fouilles, Hadjirah en déchiffrait quelques bribes, pour tenter d'aider à la progression, ou tout simplement de comprendre autre chose aux lieux que les piaillements des animaux tués.
Deux choses furent mises en avant.
Premièrement, le nom d'un certain "Hakkar", que les prêtres aux capacités animales ne semblaient pas porter dans leur cœur, et maudire avec autant d'entrain que le trésorier de l'Ost pouvait trousser de la page en fleur.
Une sombre histoire d'invocation, de possession, et d'absorptions de pouvoirs... La routine en quelque sorte. Des trolls possédés retournés contre leur propre peuple et contraints à aider un serpent emplumé.
Sans doute aurait il fallu s'appesantir sur leur sort, mais quelque chose de bien plus primordial piqua la curiosité des archéologues sanguinaires. Des allusions à l'existence de trolls qui, une fois morts, n'avaient pas accès aux techniques d'embaumement. Les "dessêchés", qu'il fallait tout simplement brûler.
Y voyant un potentiel lien avec une maladie, les recherches plus poussées firent ressortir un nom : "Jin'do le maléficieur". Il s'agissait apparemment de celui qui menait des recherches sur les dessêchés. Et qui refusait de prodiguer des soins aux animaux, par ailleurs.
Un troll bien, sans doute.
Encore que le doute fut levé lorsque la troupe découvrit ledit maléficieur, dans son très charmant lieu de vie. Un reste de temple peuplé de momies trolles animées - toutes femelles, Hadjirah aurait parié une corne qu'il y avait quelque chose de pervers à dessous -, et de squelettes dansants dans des flaques de sang.
De rapides recherches mirent à jour de plaques commémoratives en l'honneur des "trolls sacrifiés pour la recherche", et donc devenus cadavres ambulants. Charmant programme.
Toujours était il que ce Jin'do avait effectivement effectué des recherches sur une maladie. Et qu'il ne semblait pas ouvert à la discussion pour les partager.
La persuasion fut donc de mise, et quelques coups allègrement portés plus tard, il n'y eut plus qu'à enjamber le cadavre du maléficieur pour atteindre le cœur de son antre, et s'emparer des recherches qu'il y avait laissées. Peut être de quoi satisfaire Förlan, un fois traduction faite.
Mais la promenade de santé ne pouvait prendre fin sans une visite au fameux serpent à plume. Il restait à lui demander poliment de laisser son cœur en gage à l'Ost.
Il est malheureusement difficile de raisonner un serpent, et il ne sembla pas comprendre l'importance de la situation. La négociation dut donc reprendre. Ce ne fut qu'après nombre de coups donnés - parfois pas aux bonnes personnes - que la créature tomba.
Aurys sembla prendre un grand plaisir à aller lui arracher le palpitant, et à le brandir sous une pluie battante. Pluie qui d'ailleurs tomba sur la troupe à un moment tellement gnomographique qu'il y avait de quoi être surpris. Elle eut au moins l'avantage de les débarrasser d'un peu de crasse.
Les recherches de Jin'do duement recopiées, et le coeur bien à l'abris dans la besace, le cortège put reprendre le chemin du bastion, plus pouilleux qu'à son départ, mais avec la satisfaction du devoir accompli. Restait à traduire les transcriptions des tablettes... Et à espérer que Förlan serve à autre chose qu'à piaffer de bonheur.
Après avoir relu une dernière fois son compte rendu - avec des mots plus personnels et subjectifs - et y avoir ajouté quelques annotations fort peu sympathiques, elle roula les deux parchemins. Oui, les deux, car elle avait poussé le vice jusqu'à s'en faire elle même un exemplaire, plutôt que de le faire recopier par un scribe inefficace.
Il s'agissait maintenant d'un faire parvenir un à Dol'jen. Elle se releva donc, en grimaçant vaguement. Un bleu à la cuisse lui rappela le moment où la connétable avait semblé possédée par le fameux Hakkar, et s'était retournée contre ses propres soldats. Mais Hadjirah était persuadée d'avoir capté une lueur de plaisir qui n'avait rien à voir avec la possession, quand Aurys lui avait asséné un coup.
Quoiqu'il en soit, une fois drapée dans une robe de chambre ô combien plus confortable que son armure de la veille, elle quitta ses quartiers - ou plutôt ceux de la baronne - pour partir à la recherche de quelque coursier à martyriser en l'envoyant en plein désert de Tanaris.
C'est alors qu'elle songea à Doréane et Térébantine. Quelqu'un les avait elles seulement prévenues de leur retour et du déroulement de l'expédition, alors qu'ils s'étaient tous quittés ? Aurys s'était sans doute occupé de Förlan, et Térébantine était sans doute en permanence sur le dos du médecin. Mais rien n'était sûr.
Dans un élan de dévouement, Hadjirah décida donc de faire un détour par l'infirmerie, ne serait ce que pour savoir si les malades avaient été transférées quelque part... Et si c'était le cas, si l'endroit avait été désinfecté ensuite !


